NICOLA TESTA

Ce gai luron des nuits bruxelloises, connu pour le duo fou Kiki & Poupou (qu’il forme avec la fantastique Aurélie Lannoy) est aussi un chanteur compositeur d’une extrême sensibilité. Son EP ‘Wanderland’ sort en septembre. Rencontre.


Tu es comédien de formation, comment la musique est-elle arrivée dans ton parcours ?

Il y avait le piano chez mes parents, j’en faisais enfant. Les longues heures passées à faire des gammes, et la rigueur qu’il fallait mettre dans l’apprentissage me pesait, je voulais interpréter les choses selon ma vision, j’ai donc mis le piano de côté pour faire du théâtre, de la danse, du chant. Je suis revenu à la musique à l’adolescence, je me suis mis à écrire mes premières chansons vers l’âge de 16 ou 17 ans, d’abord juste au piano puis est venu l’ordinateur.

Comment définirais-tu ta musique et ton univers ?

C’est difficile de décrire ce que l’on fait, je préfère quand ce sont les autres qui en parlent. On m’a cité tellement de références, parfois même des artistes dont je n’avais jamais entendu parler. Je pense faire de la pop. Je pense faire une musique hybride, en tout cas, c’est ma volonté. Ce qui m’attire c’est de mélanger les styles. Je ne me pose pas trop de questions sur ce que je veux faire, je le fais, c’est tout. Je ne me pose aucune limite, je cherche juste à trouver la justesse dans les ambiances, les couleurs, ce que je veux dire et raconter avec un morceau. Sur le morceau ‘Sour’ par exemple, je me suis surpris à utiliser des cuivres et des percussions alors que je n’aurais jamais pensé avant utiliser ce genre d’instruments. Il faut savoir écouter ce qu’une chanson demande. J’aime m’occuper également de l’aspect visuel, il est pour moi essentiel de créer un univers visuel pour prolonger la musique. Les concerts sont plus qu’une occasion de jouer « live », ils doivent permettre de rendre visuelle et palpable la musique, de créer de la lumière autour, de la faire exister dans le corps et dans les sens. Pour la pochette du disque, j’ai travaillé avec éric Croes et Ferran Sanchez, on échangeait des idées, puis tout s’est mis en place de manière un peu magique. Mais je ne me pose pas trop de questions sur ce à quoi je veux arriver, je me laisse aller, je suis qui je suis et j’essaie de faire confiance à mon instinct.

Comment procèdes-tu pour composer ?

Tout dépend des morceaux, il y en a que j’écris en deux heures, d’autres il me faut des mois. C’est comme écrire une histoire, on a le fil puis il faut y mettre les détails, les intrigues, les dénouements ou comme pour un tableau, on a le cadre, les contours puis vient le temps de mettre les couleurs, et là on peut tout changer, prendre toutes les directions possibles, c’est très excitant mais aussi très dangereux. Il faut savoir rester à l’écoute et ne pas être trop volontariste, se dire que la chanson existe sans vous, qu’elle a ses propres besoins, ses propres envies. Concrètement, je pars soit du piano, soit des programmations, j’élabore les mélodies, les bases d’arrangements puis je travaille avec mes musiciens, on écrit les parties de cordes, on retravaille les rythmiques. Tout peut partir aussi d’un mot, un titre, une phrase, il n’y a pas vraiment de règles.

Avec qui travailles-tu tes compositions ?

J’ai travaillé avec plusieurs personnes, j’adore la collaboration, je crois que c’est ce qui me plaît le plus dans la musique comme dans l’élaboration des visuels. L’écriture commence toujours seul et je sais exactement où je veux aller, mais la collaboration permet d’aller encore plus loin, c’est un dialogue, un échange. Il n’y a rien de plus productif et intéressant que le dialogue et l’échange. J’expose ce que je veux et l’autre m’expose ce qu’il voit. On a bossé comme des fous avec Thibaud De Craeye (du groupe Machine Skud), il a fait un travail magnifique. On travaillait ensemble, côte à côte. Ce qui me plaît le plus avec Thibaud, c’est qu’il a ce côté « carré », moi je suis plutôt « rond », je n’en fais qu’à ma tête, je suis instinctif et pulsionnel. Lui est plus réfléchi, plus posé, on fonctionne bien ensemble, on est complémentaires, c’était une très belle collaboration. Je suis sûr de vouloir encore travailler avec lui. J’ai également travaillé avec Loïc B.O. sur les arrangements de cordes. Loïc est quelqu’un à fleur de peau musicalement. Il est fin, discret mais ose beaucoup de choses, c’était parfait, je n’ai jamais regretté une seconde. Et puis je bosse avec mes deux musiciennes (Valérie Balligand et Emmanuelle Meurice). Elles ont créé énormément de choses avec leurs voix, leur violon et violoncelle. Elles sont toujours justes dans leurs remarques et propositions, musiciennes de talent, créatives, un vrai moteur pour moi.

Comment travailles-tu tes textes ?

Instinctivement, il y a des mots qui viennent, des sonorités qui s’imposent. J’écris des émotions plus que des histoires. Je comprends de quoi je veux parler longtemps après avoir écrit. Je reviens sur le sens et je me dis « ah, c’est ça que je veux raconter » puis je retravaille mais je pense être un peu « dada » pour ça, ça ne m’intéresse pas d’expliquer les choses, je préfère que l’auditeur y voit ce qu’il veut voir, interprète ce qu’il veut. Bien sûr pour moi il y a un sens mais le sens peut être différent pour un autre. Je me souviens d’une personne qui m’avait dit « cette chanson, c’est moi » ; quand on me dit ça, je me dis que j’ai gagné quelque chose.

Pourquoi le choix de l’anglais ?

C’est un « non-choix » en fait, j’ai longtemps écouté des chansons anglaises, j’ai toujours été fasciné par les sonorités anglo-saxonnes. Je ne me suis pas dit « je vais chanter » en anglais, ça s’est fait naturellement. Mais j’aimerais bien chanter en français, je n’ai vraiment rien contre, j’attends juste de trouver un auteur ou une manière d’écrire qui me conviendrait. Et puis j’ai découvert sur le tard la chanson française. J’adore Gainsbourg car il fait sonner le français comme de l’anglais. Il y a aussi Biolay, Bashung. J’aime leur façon de rythmer la langue.

Quel rapport entretiens-tu avec la pop ‘belge’ des années 80 plus sautillante et immédiate, Lio, Telex, etc. ?

J’aime la pop ! Une artiste comme Lio est une interprète unique dans son genre. Elle est pétillante, franche, elle assume ce qu’elle est et ce qu’elle fait, je ne vois pas d’autres artistes de pop française qui lui ressemble. Elle n’a pas fait que du bon mais n’a jamais rien renié. Une chanson comme ’Amoureux Solitaires’ est souvent considérée à tort comme de la petite pop, moi j’y trouve une poésie naïve d’une grande qualité. J’aime aussi certaines productions de Telex, il y a ce côté « autodérision » qui pour moi est typiquement belge. J’ai énormément d’affection pour beaucoup de musiciens belges, des gens comme Daan, An Pierlé ou Girls In Hawaï, dans un registre plus rock, sont des artistes qui comptent beaucoup.

Ta musique est proche de celle de Patrick Wolf …

Il paraît… J’ai découvert Patrick Wolf il n’y a même pas un an, je suis allé au concert qui était magnifique. Je pense qu’on se ressemble un peu par le côté hybride de la musique et puis les tenues de scène un peu.

Quelles sont tes tenues de scène ?

Je travaille avec mes amis Frederik Denis et Giuseppe Virgone. Frederik est styliste et costumier pour des compagnies de danse. J’aime sa façon de travailler sur le mouvement du vêtement. Giuseppe vient de lancer sa propre marque à Paris. Il crée des broderies magnifiques. Encore une fois, j’aime la collaboration. Les tenues évoluent en fonction de nos humeurs, de nos envies et de ce que l’on souhaite que le concert dégage visuellement.

Est-ce que le fait d’être gay change ta vie de musicien ou ta manière de voir la musique ?

Oui et non. Je ne crois pas que le fait d’être gay change mon rapport directement à la musique, ce rapport est le même depuis l’enfance. Par contre, peut-être que cela change mon rapport à une certaine culture mais je n’ai pas l’impression d’avoir un autre rapport que mes amis musiciens « hétéro » à la musique. Si ce n’est que j’assume peut-être plus ma féminité. Des gens comme Bowie, Rufus Wainwright ou Freddie Mercury, pour moi, assument entièrement leur côté féminin.

Qui sont les artistes que tu admires ?

J’admire les artistes qui n’ont pas peur de prendre des risques dans leurs choix. Des gens comme Kate Bush, David Bowie, Klaus Nomi ou encore Goldfrapp, Björk, Tori Amos. Ce sont des artistes qui sont toujours restés intègres avec ce qu’ils sont et ce qu’ils font. A chaque nouvel album d’un groupe comme Goldfrapp, par exemple, je me dis « wow, ils se réinventent encore tout en restant eux-mêmes ». Une artiste comme Kate Bush m’impressionne car elle en a toujours fait qu’à sa tête, son dernier album en est la preuve, loin des « modes » de l’industrie musicale, elle offre un disque juste d’un bout à l’autre, où se mêlent les influences les plus variées. Mais je reste ouvert à toute forme de musique, de Bach à Abba, de Lady GaGa à Queen Adreena. J’écoute de tout et je suis très curieux.

J’ai le sentiment que la ‘scène belge’ s’est un peu ramollie ses dernières années, qu’en penses-tu ?

Oui, je pense. Le problème pour moi vient du fait que personne n’ose miser sur la différence et l’originalité, on est un petit pays, qui plus est une petite communauté (française) et on a peur de prendre des risques. On a peu de moyens et ils sont mal utilisés .Il faudrait vraiment prendre plus de risques, se démarquer pour concevoir une réelle identité. Au lieu de ça, on se calque sur les modèles étrangers. On pense que les gens ont envie d’écouter telle ou telle chose et on ne leur donne pas l’occasion de s’ouvrir à d’autres. Je ne pense pas que le problème n’existe que dans la musique, il est le même pour le théâtre ou d’autres formes d’art et il dépasse nos frontières.

Mais justement, la chance de venir d’un petit pays ne permet-elle pas d’avoir en permanence les yeux et les oreilles ouverts sur le monde, encore plus à l’heure de l’internet globalisé ?

Oui, c’est une chance. On découvre énormément de choses, mais en même temps, je pense qu’il y a un piège dans lequel nous tombons facilement. On peut vite être écrasé par l’uniformisation culturelle. Il y a vraiment le risque énorme de se calquer sur ce que font les autres sans prendre de risque et sans chercher à créer une réelle identité. Il y a quelques années, j’ai l’impression que la scène belge était plus prolifique, pour un petit pays, nous avons quand même eu des groupes qui ont apporté beaucoup à la scène internationale. Soulwax et leur projet 2manyDJs, deus, Venus, Girls In Hawaï,… Et puis dans un tout autre genre, n’oublions pas que « Born To Be Alive » a été produite à Mouscron (rires). Aujourd’hui moins de choses ressortent. Surement est-ce lié aussi à l’état de l’industrie du disque et la crise qu’elle traverse…

Vas-tu donner des concerts ?

Bien sûr ! Je suis un artiste de scène. Je viens du théâtre, j’ai besoin de la scène. C’est un lieu où je me sens à ma place, c’est mon terrain de jeu. J’ai besoin de proposer quelque chose de visuel, de théâtral. Je recherche une forme qui permette de rendre la musique palpable. Je m’ennuie vite à un concert quand il n’y a pas de dimension autre que des musiciens qui jouent. Sur scène, il y a un enjeu. On ne décide pas de monter sur une scène pour jouer comme on jouerait dans son salon. Il faut prendre le public, l’emmener. De cette façon, tout le monde peut s’attendre à faire un beau voyage.

MYSPACE NICOLA TESTA

Michel-Ange Vinti

ENTER THE VOID

Le nouveau film de Gaspar Noé, ‘Enter the Void’ (qui devait à l’origine sortir sur les écrans français sous le nom de ‘Soudain le vide’) sort enfin, cinq années après son annonce.
Autant le savoir directement : ce film doit se vivre comme une expérience audiovisuelle et non comme un ‘divertissement’ commun. Un peu à la manière de ‘Synecdoche New York’ de Charlie Kaufman l’année dernière.
Pour commencer, le nouveau Noé est assez fidèle à ses prédécesseurs, ‘Seul contre tous’ et ‘Irréversible’ ; en effet, le sujet reste brutal et dérangeant, et ici encore, aucune concession n’est faite envers l’un des protagonistes. L’histoire est assez simple : un jeune dealer vivant à Tokyo avec sa sœur se fait tuer par la police, dénoncé par l’un de ses clients. Sachant que le film dure presque trois heures, on peut en conclure que l’action est plutôt pauvre en rebondissements même si d’autres ont réussi auparavant à faire des films au scénario très épuré comme Wong Kar Waï, Gus Van Sant, Abbas Kiarostami…. Mais ici, le scénario comme l’image ont une certaine tendance à trouver leurs limites de manière assez rapide. Du coup, l’envie de quitter la salle m’a souvent traversé l’esprit (cinq ou six fois pour être honnête). Mais. J’ai pour habitude de suivre un propos cinématographique jusqu’au bout.

D’un point de vue strictement scénaristique, ce qui est assez énervant est de s’apercevoir que Noé a fait de son héros un dealer dans l’unique but de pouvoir le placer en plein trip et pouvoir jouer avec des hallucinations en 3D qui sont-cependant- assez jolies. Le film aurait pu être plus subversif et dérangeant si le jeune dealer n’en était justement pas un. La drogue comme mère de toutes les hallucinations possibles et imaginables est aujourd’hui au cinéma un argument un peu trop récurrent et l’époque où le spectateur se sentait mal à l’aise face à ce genre de contexte est à présent résolu (surtout que, une fois encore, d’autres ont réussi les trips psychédéliques d’une puissance assez époustouflante bien avant Noé, notamment Gregg Araki dans les années 90’ avec ‘The Doom Generation’, l’un des films les plus tarés de la fin du XXème siècle).

Alors pourquoi aller voir ce film ? Tout d’abord, parce que le traitement technique est particulièrement intéressant même s’il atteint rapidement ses limites. La caméra, souvent subjective, se balade dans tous les sens, de bas en haut, de droite à gauche, parfois au plus près des objets et parfois dans le vide du ciel. Comme un Google Map high-tech. Cela renforce le côté hallucinatoire et rappelle un peu ce qu’avait fait Win Wenders avec ‘Les ailes du désir’ dans une certaine mesure. C’est intriguant, voir fascinant. Aussi, la photo est assez pop, ultra colorée et en même temps l’action se déroule toujours de nuit.

Le film propose également de jeunes acteurs particulièrement bons, toujours justes et capables d’assumer les situations les plus extrêmes du film.

Même si le discours de Noé laisse perplexe (on est paumé dans sa propre vie dès que le cordon ombilical est coupé (!!)), et même si le film ne laisse pas ce sentiment énigmatique et totalement subjectif en post-projection que laissait le film de Kaufman l’année dernière (à savoir ‘ai-je aimé ce film ? N’ai-je pas aimé ce film ? Je n’en sais rien’), ‘Enter The Void’ reste un film important dans le cinéma actuel car l’expérimentation qu’il propose est osée et il reste nécessaire qu’aujourd’hui des réalisateurs continuent de proposer des discours visuels et non pas qu’ils se plient tous à la féroce loi du Mainstream. Mais ça, c’est une autre hisroire.

LE SITE DU FILM
LA BANDE ANNONCE

Jérome Casanova

HUNX AND HIS PUNX

On avait déjà remarqué Seth Bogart il y a quelques années dans Gravy Train!!!!. Ce minet aussi prompt à lever la jambe pour danser qu’à montrer son joli cul pour minauder. Le revoici avec un projet solo tout aussi allumé : Hunx & His Punx.

Alors que Gravy Train!!!! s’inscrivait dans le contexte d’une ville (Oakland), d’un mouvement musical (le Riott grrl, intiment lié à cette ville) et d’un label (Kill Rock Stars) en emboitant le pas à tous ces groupes majeurs de la musique queer, Hunx & His Punx réunit à lui tout seul tous les ingrédients de la culture folle américaine : Divine-Waters, Les Ramones, Pansy Division, les Riott grrl, Madonna, etc. pour en faire un méli-mélo musical foutraque, bordélique et extrêmement drôle. Il continue à lever (très bien) la jambe et il montre même son zizi maintenant.

On pourrait lui accoler des adjectifs tels que folle, camp, sotte, punk, et autres, mais le mieux est encore de regarder les vidéos. Elles valent leur pesant d’or.

MYSPACE HUNX AND HIS PUNX

HUNX AND HIS PUNX – You Don’t Like Rock n Roll

HUNX AND HIS PUNX - Don’t Cha Want Me Back

HUNX AND HIS PUNX - Teardrops on My Telephone

HUNX AND HIS PUNX - Cruising

HUNX AND HIS PUNX - Good Kisser

M-A V

I’M HERE.

Patsy Casinti aime beaucoup Spike Jonze (cf Max et les Maximonstres). Non seulement parce que c’est un réalisateur qui arrive à chaque fois à raconter des histoires/contes magnifiquement tragiques ou tragiquement magnifiques mais aussi parce qu’il propose toujours un certain regard sur le monde et ce regard, celui de sa caméra, est constant et sincère.
Caméra souvent à l’épaule, personnages en marge de la réalité ou qui ont été mis en marge par la réalité, photographie sublime faisant penser à des couchers de soleil ou a de vieux polaroids.
‘I’m Here’ est un court métrage de 30 minutes commandé par la marque Absolut Vodka, diffusé au festival de Sundance et à présent visible sur le net, sous la forme d’une vraie séance de cinéma.
Ce court-métrage est un conte poétique d’anticipation racontant le destin de deux robots qui tombent amoureux. Pour sa première histoire d’amour, Jonze voulait montrer une relation qui touche l’Absolu (un clin d’œil à la marque qui produit le film ?), un amour sans la moindre concession.
On regrettera un peu que le personnage masculin soit si terne mais la plupart des partis pris de l’auteur réalisateur sont assez justes et remplis d’humilité. Une fois encore.
Mr Jonze est bel et bien là.

I M HERE TRAILER

VOIR LE FILM ICI

Jérome Casanova

BARBARA ISRAEL, 2.

11h30. Un bar dans le 11ème. Barbara Israël, écrivaine pop et vivante originaire de Nice accepte de répondre à mes questions, de se ‘prendre au jeu’. Des questions sur elle, sur ses livres, ‘Pop Heart’, ‘Miss Saturne’, le récent ‘Nos vies rêvées’ et sur ses passions. On discute, on rigole, on parle du monde en essayant de savoir ce que l’on veut et ce que l’on ne veut pas. Des cafés allongés, des sourires et du soleil participent à cet entretien sur les choix artistiques d’une poétesse moderne.

Que fais-tu dans ta vie ?

J’essaie d’exister. J’essaie d’être quelqu’un, quelqu’un que j’aimerais bien rencontrer. Quelqu’un qui a de la conversation, de l’esprit. Les gens que j’aime bien rencontrer sont les gens avec qui je peux avoir des échanges légèrement profonds ou profondément légers. Sans esprits sérieux mais qui peuvent se dire des choses importantes. Des gens engagés à se tirer vers le haut.

Plutôt Nice ou Paris ?

Je suis profondément attachée à Nice. Ca me fait toujours penser à Modigliani ; c’est une ville où j’ai toujours l’impression d’être étrangère et dans une ville étrangère. Il y a quelque chose de fantomatique et d’évanescent qui est complètement l’inverse de l’image que les gens se font de Nice. Après, à Paris, ce que j’aime, c’est marcher. C’est une ville où tout est intéressant, une ville à la fois homogène et en même temps chaque quartier est différent. J’aime beaucoup cette ville aussi. Je ne pourrais pas choisir entre ces deux villes. Ce serait comme me demander de choisir entre deux pays. Et puis Nice, c’est la ville de mon enfance, la ville de construction, donc je pense que je ne pourrai jamais autant aimer une ville que Nice en fait. Et je pense que j’y reviendrai.

Est-ce que Paris aide à ta création ?

Oui, parce que le fait de m’être déplacée appuie sur ma nostalgie de l’enfance et de l’adolescence. Cela me fait ressortir l’idée de Nice. J’ai beaucoup travaillé jusqu’à présent sur la nostalgie, sur le passé donc le contraste m’aide. C’est parce que je suis ici que je parle de Nice et qu’il y a une sorte de réconciliation qui s’opère parce qu’il y a du manque.

Tu es nostalgique ?

Oui, totalement. Sur un passé totalement diffus ; un passé que je m’invente aussi. Ce n’est pas seulement sur des faits qui ont eu lieu. Je suis nostalgique dans l’âme. Le fait de regarder les choses rétrospectivement permet d’en dégager beaucoup plus de vérités, d’importances et de sensations que lorsqu’on les vit, et même si on y met des mensonges.

‘Pop Heart’, ton premier roman, une étape importante ?

Oui. Mais ça s’est fait lentement, après plusieurs nouvelles. J’ai pu apprivoiser la publication. C’est flippant. Tu la recherches mais dès que ça arrive t’as peur de beaucoup de choses ; de ne pas être lu, de ne pas pouvoir recommencer… Mais j’ai énormément attendu et cherché avant d’être publiée. Ca m’a permis d’élaguer mon roman et le ‘Pop Heart’ du début n’avait plus rien avoir avec celui de la fin. Et surtout quand tu n’as pas d’éditeur, c’est difficile sans avis extérieur. Mais au final c’est un parcours initiatique qui est assez intéressant pour la suite, car cela permet de comprendre ce qui va ou pas, de faire naître une habitude.

Quels personnages te ressemblent?

Il y a de moi dans tous mes personnages, féminins comme masculins. Je pense que j’investis plus dans mes personnages masculins. Je sais pas pourquoi. Les personnages principaux sont des personnages que j’aimerais bien rencontrer.
Dans ‘Nos vies rêvées’, je dis qu’il ne faut pas devenir une personne dont on a honte, que l’enfant que l’on a été ne renierait pas. C’est important, dans ma vie, de tenir une ligne ; et je veux m’y tenir, ne pas me trahir. Il y a des choses sur lesquelles je reste très vigilante. J’essaie de plus en plus de me rapprocher de l’idée de ce que moralement je voudrais être. Il faut être fidèle à soi-même sans être bridé par la société qui nous entoure. Tout simplement parvenir à exister.

Est-ce que ‘Pop Heart’, ‘Miss Saturne’ et ‘Nos vies rêvées’ représentent une trilogie sur le passage à l’âge adulte ?

Ce n’est pas une trilogie car ce n’est pas les mêmes personnages et les histoires sont indépendantes les unes des autres. Par contre, ce sont toutes les étapes de la jeunesse, à savoir ‘Miss Saturne’ l’adolescence, ‘Pop heart’ la vingtaine et au final, ‘Nos vies rêvées’, où les personnages rentrent dans un monde qui leur ressemble de moins en moins.

Qu’est-ce qui t’inspire dans ton quotidien, dans l’art ?

C’est la musique. Les morceaux que j’écouterai sans cesse. Ce que j’écris, finalement, c’est une musique. D’ailleurs je ne peux jamais écrire sans musique, sinon ce serait une cacophonie. Pour moi, trouver sa propre musique, c’est ça le travail littéraire. En tant que lectrice, je n’ai pas forcément envie qu’on me dise des choses intelligentes, j’ai envie qu’on me serve une musique. Qui dirait des choses parce qu’elle serait bonne et du coup elle aurait du sens.

Et te sens-tu inspirée par la politique ?

Pas vraiment parce que je pense que tout est politique, et je pense que ma posture dans le monde est politique. Elle combat la France qui se lève tôt, la société consumériste. Je défends des valeurs qui me sont propres comme avoir assez d’argent pour vivre sans avoir besoin d’une tonne de IPhone. Quand j’étais petite, je préférais écouter de la musique plutôt que d’aller faire les magasins. Je déteste cette course à la consommation. Donc déjà mon regard est politique. Mais ce n’est pas juste un regard sur mon pays mais sur tout l’occident. Je suis un peu nostalgique par rapport à une époque que je n’ai pas connue comme celle des existentialistes, avec cet art de vivre, faire de sa vie un moment, privilégier le temps à l’argent. Je trouve que le temps c’est ce qu’il y a de plus précieux. Je milite pour le temps. Et pour le temps joui. Même si parfois l’ennui vient, ce n’est pas grave. Tant mieux !
Mais ce sont des valeurs qui sont aussi affaires de goûts ; préférer la lenteur à la vitesse, la contemplation à l’action, le temps à l’argent… Beaucoup de gens veulent l’efficacité et la rentabilité, obtenir un résultat, ils veulent que la vie ait un sens… Peut-être qu’elle n’en a pas ! Peut-être que les jours s’écoulent et puis c’est tout. On doit pas réussir sa vie. On doit profiter de ses jours, c’est tout.

Qu’est-ce que tu ne souhaites pas aborder dans tes livres ?

Des choses que je ne vivrais pas du tout. Je n’ai pas envie de parler de choses que je ne connais pas du tout. Je ne veux pas inventer. Je préfère inventer ce que j’ai déjà vécu. Réinventer. Et que j’ai vraiment approché de très prés. Parler de quelque chose que je ne connais pas, ce n’est pas que je ne pourrais pas, c’est plutôt que je ne saurais pas. Pour moi c’est trop épidermique ; mon travail est trop important pour moi pour l’investir dans quelque chose que je ne connais pas juste pour raconter une histoire.

Vers où te diriges-tu?

Vers le même endroit que toi.

Ton rêve ?

J’en ai pas de précis. Continuer à vivre ma vie telle que je la vis. Continuer à aimer une personne. Continuer à construire des relations intenses et profondes avec des gens que j’aime. Continuer à écrire des livres et qu’on me permette de le faire. Et d’écouter encore des morceaux qui me feront vibrer. Parfois je me dis ‘imagine si tu n’aimeras plus un disque comme t’as pu aimer un disque des Smiths’… Et ça, ça me fait flipper. Aussi, ce qui me fait peur, et je le dis dans ‘Pop Heart’, c’est que lorsque je pense à la mort, le premier truc que je me dis c’est que je n’écouterai plus jamais de musique.

Mais de la bonne musique, Barbara Israël en entendra encore. Et des romans musicaux, elle en lira encore.
Et elle nous en fera encore lire.

Le soleil revient. On est à la terrasse d’un café et on parle d’autre chose. Le soleil s’incruste dans la conversation. On ne se croirait plus très loin de la promenade des anglais. J’me sens bien.

LE PREMIER ARTICLE DE CASINTI SUR BARBARA ISRAEL

Je remercie Barbara Israël et Guillaume Robert pour le temps qu’ils m’ont accordé.

Jérome Casanova

UNE EDUCATION

Le nouveau film de Lone Scherfig, ‘Une éducation’, est une adaptation des mémoires de la pétillante journaliste anglaise Lynn Barber. Après ‘Italian for Beginners’,Scherfig réalise un film qui n’a jamais aussi bien porté son titre sur la fin de l’adolescence de la jeune Jenny à l’aube des 60’s (Carey Mulligan, un vrai petit bonbon d’actrice), une brillante lycéenne qui fait la rencontre de David (Peter Sarsgaard), 35 ans, électron libre et gentleman cleptomane à ses heures perdues. Dès lors, le débat du film devient intéressant car il se base sur trois concepts d’éducations : celle des parents, celle de l’école et celle de la vie. Laquelle est la plus importante ? Laquelle en vaut la peine ? Laquelle est la plus stimulante ? Entre les clubs branchés et le concours d’entrée à Oxford, Jenny a vite choisi. Mais peu à peu, l’éducation qu’elle choisit se révèle être un cul-de-sac. Dans une société où la seule activité que l’on recommande à la femme est l’ennui, un portrait pétillant et touchant d’une jeunesse qui rêve de plus.

On notera une réalisation légère et agréable. Des images parfois ‘carte postale’ mais qui ne sont sincèrement pas dérangeantes.

Dimanche soir, Carey Mulligan est passée à côté de l’Oscar de la meilleure actrice. Mais qu’importe. Ce sera pour la fois d’après.

J’aimerais noter pour finir, puisque cet article est dédié à la Femme et puisque la Femme est dans l’air du temps, que Kathryn Bigelow a reçu dimanche l’Oscar du meilleur film et du meilleur réalisateur pour le beau ‘Démineurs’. C’est la première fois qu’une Femme reçoit un Oscar en tant que Meilleure Réalisatrice. En 82 ans. Il était temps…

UNE EDUCATON B-A

Jérome Casanova

EXCUSEEXCUSE

Jérémie Blanchart est membre d’une dizaine de groupes à Bruxelles. Même s’il n’est pas toujours facile de s’y retrouver, tous ont le mérite d’être intéressants musicalement, de dire la modernité d’une certaine scène musicale belge DIY, fauchée et terriblement libre, et surtout de permettre à Jérémie de révéler toute l’étendue de son talent. En particulier avec son magnifique projet solo punk et oppressant Animale Grr. Il a aussi rejoint depuis peu Rodeo Machine.

Mais le projet qui nous intéresse aujourd’hui est EXCUSEEXCUSE qu’il forme avec Stefan Vantricht. La volonté est ici celle d’une grande spontanéité dans les compositions d’où une teinte très lo-fi et un son brut tout en gardant un sens de la mélodie affirmé qui leur est propre. Ils rodent les morceaux en concert et un album devrait sortir en 2010.

EXCUSEEXCUSE

Tous les morceaux en téléchargement gratuit : ICI

Photo : Nattoo Wittenberg

M-A V

[Flash 9 is required to listen to audio.]
Plays: 60

Photobucket

YOUNG MICHELIN

Le 15 octobre dernier, Anne Laplantine m’envoyait une chanson triste à pleurer, ‘Elle m’oubliera’ (en écoute ci-dessus), d’un mystérieux Young Michelin. Ce cadeau était sa réponse à une chanson du regretté Néo-Boris que je lui avais fait parvenir quelques jours plus tôt, le 13 octobre pour être précis.

Young Michelin est donc le nouveau projet de Romain Guerret, déjà remarqué en 2007 avec son groupe pop Dondolo. Des guitares énergiques très anglaises qui font penser immédiatement aux Smiths ou à des productions Sarah Records et des textes en français mélancoliques et simples à la Néo-Boris sont la recette de chansons pop claires, évidentes et belles à « pleurer des larmes de sang ».

MYSPACE YOUNG MICHELIN

Le premier EP ‘Je suis fatigué’ (sur le label américain Holiday Records) en téléchargement gratuit : ICI

M-A V

MONTAG

Remarqué en 2002 avec ‘Are You A Friend ?’, sorti chez Goom Disques, le musicien montréalais Antoine Bédard aka Montag vient de sortir un mini album de covers : ‘Des cassettes et un Walkman jaune’. Rencontre.


J’habite à Montréal. Je travaille surtout en conception sonore pour le théâtre et la danse c’est comme ça que je gagne ma vie mais je bidouille des sons pour le plaisir depuis 2002.

LE NOM DE MONTAG

Montag est un personnage du roman ‘Fahrenheit 451’ de Ray Bradbury. C’est l’histoire d’une société où les livres sont interdits parce que le gouvernement considère que la lecture apporte des sentiments négatifs à la population. C’est une société que Bradbury a imaginé dans un avenir pas si lointain (le livre a été publié en 1953) peut-être dans l’ère dans laquelle nous sommes. C’est une société où tout est devenu ignifuge, rien ne peut prendre feu. Les pompiers n’ont plus de travail et le gouvernement décide donc qu’ils vont brûler les livres. Montag fait partie d’une brigade et il conserve secrètement un ou deux livres lors de chaque intervention pour se constituer sa propre bibliothèque. Il découvre en lisant ces livres qu’il y a toute une gamme d’émotions qu’il ne connaissait pas et il aime. À la fin du roman, il doit fuir parce que les gens sont suspicieux de son comportement. Il apprend l’existence d’une société secrète de l’autre côté de la rivière, les hommes livres (the Book People) qui pour ne pas posséder de livres physiquement décident de les apprendre par cœur pour préserver le savoir humain, la littérature. Pour faire le lien avec mon parcours, Montag représente pour moi cette fuite pour aller retrouver les hommes libres. J’ai fait six ans d’études à l’université, j’ai obtenu très jeune deux masters dont le droit, je ne savais pas ce que je voulais faire. Ma vie était préprogrammée, on attendait de moi des choses et j’ai choisi d’aller rejoindre les hommes libres, les gens qui me ressemblent, pas nécessairement des musiciens, mais des gens qui aiment le beau et qui ont de la sensibilité pour le monde qui les entoure.

SA MUSIQUE

Je vois ma musique comme une architecture très abstraite où l’on peut créer l’espace que l’on veut. Je me suis fait un nid dans lequel je dois me sentir bien. Depuis le début ma musique est mon refuge, selon mes albums, selon le temps ou selon l’humeur, c’est un lieu sonore où j’arrive à trouver un peu de paix.

SES TROIS PREMIERS ALBUMS

Mon premier album, ‘Are You A Friend ?’ (2002) était instrumental et électronique. C’était deux ans après le décès de ma mère, je voulais un disque apaisant, simple et doux. Je l’ai composé en hiver, il y a une sonorité nordique qui en ressort. C’était là où je voulais être au niveau du son. Ca a été ma première maison musicale.

Pour mon deuxième album ‘Alone, Not Alone’ (2005) j’ai ajouté des instruments réels et de la voix. Comme je suis un chanteur timide et que je n’avais pas vraiment trouvé ma voix, j’ai fait appel à Amy Millan, la chanteuse du groupe Stars. C’est devenu ma deuxième maison musicale, d’un coup je me sentais un peu moins seul, d’où le titre, j’avais la force et le courage de collaborer avec d’autres musiciens. Mon premier album était solitaire et hésitant avec un titre qui posait une question. Dans ‘Alone, Not Alone’ c’était un espace dans lequel je pouvais accueillir d’autres gens comme si je m’étais fait une chambre un peu plus grande avec plus de la place. Musicalement sur ce disque, j’ai construit une bande son à partir de d’instruments de musique classique ce qui m’a permis de rencontrer des musiciens très différents. D’abord j’écris les morceaux seul ensuite je les arrange avec l’aide d’autres personnes. Not Alone. J’ai commencé sur cet album à écrire des morceaux plus pop, des choses qui ressemblent plus à des chansons mais il y a quand même encore des hésitations. Mes albums sont des photos de moi au moment où je les fais.

J’ai ensuite commencé des tournées mais j’ai eu des galères à cause de dix-huit dates annulées aux USA parce que je n’avais pas de permis de travail, du disque qui n’a pas pu être bien distribué en Amérique du Nord et la fin de Goom (son label en Europe sur lequel étaient également signés Anne Laplantine ou M83). Cette série de couacs m’a freiné dans mon élan créatif et ça m’a découragé.

Au moment de composer ‘Going Place’ (2007) j’étais très heureux, en amour par dessus de la tête et je venais de déménager à Vancouver. C’était dans la joie. J’ai rencontré de nombreux musiciens de la scène canadienne et j’ai décidé d’y impliquer plusieurs personnes sur l’album. C’était un projet collaboratif mais c’était moi qui restais le chef d’orchestre. J’ai poussé ça encore plus loin en faisant un appel sur le web en demandant m’envoyer des sons. Les réponses abondantes sont venues de partout dans le monde. Pour la chanson ‘Going Place’, j’ai fait un collage de ces sons. Montag est un projet solo mais je désire être avec les autres. J’essaie du mieux que je peux de rester connecté avec les gens qui sont autour de moi pour composer parce que je ne suis pas quelqu’un de solitaire à la base.

LES SCÈNES DE MONTAG

J’ai toujours l’impression d’être en orbite autour de scène particulière mais je ne suis pas du tout enraciné dans une scène. Je n’arrive même pas à mettre une étiquette sur ma musique. Je me reconnais dans la personnalité de certains musiciens mais pas nécessairement dans leurs musiques.

SES MUSIQUES
J’écoute forcément ce qui se fait autour de moi. Ce que propose mon label Carpak Records comme Toro Y Moi ou Beach House qui sont deux groupes extraordinaires. J’écoute encore beaucoup Broadcast, des amis de dix ans. J’écoute de choses très variées, ce n’est pas forcément représentatif de ce que je fais, mes influences ne sont pas toujours évidentes. Beaucoup de musiques de films, de musiques classiques.

OWEN PALLETT

Owen Pallett est un ami. J’ai beaucoup d’admiration pour son talent. Je le considère comme un des plus grands compositeurs au Canada et je trouve important qu’il soit reconnu. C’est un grand esprit musical. Je n’ai pas ce talent, je ne me considère pas de la même ligne qu’un Owen Pallett ou Broadcast parce que mon envie de composer ne vient pas d’un talent inné ou d’une force créatrice c’est plutôt une passion pour la musique elle-même. Je ne me considère même pas comme un auteur-compositeur.

DES CASSETTES ET UN WALKMAN JAUNE

Il y a quelque chose qui se passe pour moi chaque année en novembre à l’approche de l’hiver, peut-être parce que j’ai grandi dans le grand nord québécois, mais à cette période j’ai envie spontanément d’écrire des choses même si je ne suis pas dans un processus de création d’album, un projet succinct réalisé en deux semaines. L’année dernière c’était ‘Hibernation’ (2008) qui coïncidait avec mon retour à Montréal. Cette année, c’est parti d’une envie très spontanée : je réécoutais la chanson d’Unrest, ‘Angel, I Will Walk You Home’, que j’écoutais dans mon walkman quand j’avais 15 ans et j’ai ressenti le besoin de faire des reprises. Ma contrainte de départ était de ne choisir que des groupes américains mais je ne m’y suis pas complètement tenu parce que j’ai aussi choisi Bronski Beat et Eurythmics. Quand j’étais adolescent, je n’écoutais que de la Britpop, dans ma discothèque il y a plus des disques européens qu’américains. Je souhaitais une mini compilation bizarre de morceaux que j’ai écouté un moment ou un autre dans ma vie en les ramenant au son Montag pour que ce soit cohérent. Il y a des choses que je peux encore écouter aujourd’hui et avoir l’impression d’avoir 16 ans. J’ai presque moins de souvenirs en regardant une photo qu’en écoutant une chanson. Ca crée tout de suite une émotion. ‘Angel, I Will Walk You Home’, je l’écoutais jusqu’à saturation, je ne sais pas combien de batteries sont passées par mon walkman, c’était sans arrêt. J’avais beaucoup de transport à faire pour aller à l’école. C’était des heures de musique. Quand je réécoute certains morceaux, j’ai l’impression de revivre précisément certains moments de ma vie, c’est presque physique. J’aime bien ce voyage dans le temps. Le choix des morceaux est évidemment très personnel, je me suis peu soucié de ce que les gens pouvaient penser de ma sélection, c’était avant tout pour me faire plaisir et en même temps je suis persuadé que ça va toucher des gens parce que je ne suis pas le seul à avoir 32 ans et à avoir écouté les Breeders. C’est aussi pour moi une façon de rendre hommage au walkman, l’objet. J’ai sorti ce mini album en K7, à Montréal il y a les Distroboto, des anciennes machines à cigarettes qui vendent maintenant de l’art, pour 2 $ tu peux acheter une K7 ou un fanzine. L’album est aussi en téléchargement libre.

DJ MONTAG

Je suis un des organisateurs de la soirée homo Mec Plus Ultra. Deux fois par mois. Je joue plus de l’electro-pop mais tout dépend du thème de la soirée. Dans quelques semaines, le thème sera « U Can Touch This », alors je prépare une sélection de chansons dance du début des années 90. Comme je joue au début de la soirée, je n’ai pas l’impression de les faire danser. Je les chauffe. À Montréal il y a une vie de nuit assez dévergondée. Même s’il fait - 10°, les gens vont aller se débaucher.

MONTRÉAL

Montréal est une ville qui n’arrête pas de produire de la musique intéressante. J’aimerais me sentir plus attaché à une scène particulière mais j’ai trouvé un cercle d’amis intéressants. Il se passe plein de choses dans tous les styles musicaux, des concerts expérimentaux à la pop plus commerciale. Il y a des artistes qui s’en tirent bien parce qu’ils font des choses accessibles mais bien foutues. Je pense à Dumas qui est un chanteur québécois qui fait de la pop commerciale, il met juste assez de beurre, juste assez de sucre tous les ingrédients sont là pour produire une musique de qualité. J’admire ça ce sont des gens qui produisent de la bonne pop. Au Québec, la scène est dynamique. On n’est pas morose, blasé ou inactif. Beaucoup de gens passent par Montréal.

MAINTENANT …

… je suis tellement dans ma propre musique, c’est difficile pour moi de faire une pause. Je vais écouter ‘Enjoy The Silence’ de Depeche Mode, j’écoute un peu de silence pour reposer mes oreilles parce que je suis toujours dedans.

MONTAG

Le mini album ‘Des cassettes et un Walkman jaune’ en téléchargement gratuit : ICI

Michel-Ange Vinti

LEMERCIER (& THE LALA BY)

Un lundi de décembre dans un Berlin glacial. Une chambre impeccablement rangée dans un grand appartement de Kreuzberg. C’est ici que vit depuis sept ans le suisse Steev Lemercier, musicien et DJ passionnant qu’on croise depuis longtemps lors de ses concerts, de ses sets ou au Möbel Olfe.

Son grand projet c’est Lemercier & The Lala By. Une dizaine de musiciens de la scène berlinoise (d’Hanayo pour la plus connue à l’adoré Alessandro Tartari de Gui.tar) réunis depuis deux ans autour de son univers pop et spirituel. « Mon idée, dit-il, était de faire des textes de lumières dans une musique sombre pour créer un cross-over. » Quatre choristes, une basse, deux guitares, un synthétiseur, une boite à rythmes, une batterie, un banjo, une kalimba et des clochettes. Un groupe, à proprement parler, chorale qui fait souvent penser à The Hidden Cameras pour l’énergie sur scène ou à un chœur antique qui chante et qui joue avec croyance et foi. ‘Real Fiction’ donc comme premier opus pour Lemercier & The Lala By, aboutissement d’une complicité fructueuse sur les scènes arty de Berlin.

Le Genevois n’est pas novice en musique. Au début des années 2000, il jouait dans Anachron, groupe qu’il formait avec son compatriote Daniel Lagardère. Mais c’est surtout en tant que DJ qu’il s’est fait remarquer au célèbre Panoramabar où il a été résident pendant deux ans. Ses sets puissants et énergiques font que c’est un des DJ’s berlinois les plus sollicités. « Je joue de la musique électronique parce que c’est ce que les gens veulent entendre sinon je mélange tout des années 70 à aujourd’hui sauf la minimale que je déteste. Je peux jouer de la techno, de l’electro, du rock mais aussi de la musique africanisante qui tapent avec des voix abstraites comme Cajmere, Green Velvet, etc.». Pas surprenant, tant la culture musicale de Lemercier est grande. Comme de nombreux DJ’s de musiques électroniques, il « écoute principalement du rock, du post-rock, des morceaux à cru qui rigolent pas. Sonic Youth, Pavement, Stereolab, Ladytron. »

Berlin, ville irréelle mais toujours fascinante a une grande influence sur le travail artistique de Steev : « Berlin m’a un peu endurci dans la vie, je suis moins émotionnel, moins rêveur. La réalité sociale de la ville est assez dure. J’observe, je regarde et je m’en inspire. Passer neuf mois dans la grisaille et le froid peut aussi peser sur le moral. Mais J’ai rencontré des gens incroyables ici qui m’ont beaucoup inspiré.». Même si Berlin s’est aseptisée ces dernières années, elle reste le centre névralgique des innovations et des expérimentations artistiques en Europe. Principalement pour l’art actuel. Lemercier y participe activement au sein du collectif BASSO, plateforme réunissant douze artistes indépendants autour de projets communs.

Steev Lemercier est un artiste qui a beaucoup évolué. « J’avais une identité que j’avais envie de créer quand je suis arrivé à Berlin, elle s’est vraiment développée ici. Tout mon travail depuis dix ans dit la même chose, il y a quelque chose de très homogène et cohérent. Une seule et même chose qui vient de mon cœur et de mon esprit. »

MYSPACE LEMERCIER
BASSO

Michel-Ange Vinti

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