LEMERCIER (& THE LALA BY)

Un lundi de décembre dans un Berlin glacial. Une chambre impeccablement rangée dans un grand appartement de Kreuzberg. C’est ici que vit depuis sept ans le suisse Steev Lemercier, musicien et DJ passionnant qu’on croise depuis longtemps lors de ses concerts, de ses sets ou au Möbel Olfe.
Son grand projet c’est Lemercier & The Lala By. Une dizaine de musiciens de la scène berlinoise (d’Hanayo pour la plus connue à l’adoré Alessandro Tartari de Gui.tar) réunis depuis deux ans autour de son univers pop et spirituel. « Mon idée, dit-il, était de faire des textes de lumières dans une musique sombre pour créer un cross-over. » Quatre choristes, une basse, deux guitares, un synthétiseur, une boite à rythmes, une batterie, un banjo, une kalimba et des clochettes. Un groupe, à proprement parler, chorale qui fait souvent penser à The Hidden Cameras pour l’énergie sur scène ou à un chœur antique qui chante et qui joue avec croyance et foi. ‘Real Fiction’ donc comme premier opus pour Lemercier & The Lala By, aboutissement d’une complicité fructueuse sur les scènes arty de Berlin.

Le Genevois n’est pas novice en musique. Au début des années 2000, il jouait dans Anachron, groupe qu’il formait avec son compatriote Daniel Lagardère. Mais c’est surtout en tant que DJ qu’il s’est fait remarquer au célèbre Panoramabar où il a été résident pendant deux ans. Ses sets puissants et énergiques font que c’est un des DJ’s berlinois les plus sollicités. « Je joue de la musique électronique parce que c’est ce que les gens veulent entendre sinon je mélange tout des années 70 à aujourd’hui sauf la minimale que je déteste. Je peux jouer de la techno, de l’electro, du rock mais aussi de la musique africanisante qui tapent avec des voix abstraites comme Cajmere, Green Velvet, etc.». Pas surprenant, tant la culture musicale de Lemercier est grande. Comme de nombreux DJ’s de musiques électroniques, il « écoute principalement du rock, du post-rock, des morceaux à cru qui rigolent pas. Sonic Youth, Pavement, Stereolab, Ladytron. »
Berlin, ville irréelle mais toujours fascinante a une grande influence sur le travail artistique de Steev : « Berlin m’a un peu endurci dans la vie, je suis moins émotionnel, moins rêveur. La réalité sociale de la ville est assez dure. J’observe, je regarde et je m’en inspire. Passer neuf mois dans la grisaille et le froid peut aussi peser sur le moral. Mais J’ai rencontré des gens incroyables ici qui m’ont beaucoup inspiré.». Même si Berlin s’est aseptisée ces dernières années, elle reste le centre névralgique des innovations et des expérimentations artistiques en Europe. Principalement pour l’art actuel. Lemercier y participe activement au sein du collectif BASSO, plateforme réunissant douze artistes indépendants autour de projets communs.
Steev Lemercier est un artiste qui a beaucoup évolué. « J’avais une identité que j’avais envie de créer quand je suis arrivé à Berlin, elle s’est vraiment développée ici. Tout mon travail depuis dix ans dit la même chose, il y a quelque chose de très homogène et cohérent. Une seule et même chose qui vient de mon cœur et de mon esprit. »
Michel-Ange Vinti