BARBARA ISRAEL, 2.

11h30. Un bar dans le 11ème. Barbara Israël, écrivaine pop et vivante originaire de Nice accepte de répondre à mes questions, de se ‘prendre au jeu’. Des questions sur elle, sur ses livres, ‘Pop Heart’, ‘Miss Saturne’, le récent ‘Nos vies rêvées’ et sur ses passions. On discute, on rigole, on parle du monde en essayant de savoir ce que l’on veut et ce que l’on ne veut pas. Des cafés allongés, des sourires et du soleil participent à cet entretien sur les choix artistiques d’une poétesse moderne.

Que fais-tu dans ta vie ?

J’essaie d’exister. J’essaie d’être quelqu’un, quelqu’un que j’aimerais bien rencontrer. Quelqu’un qui a de la conversation, de l’esprit. Les gens que j’aime bien rencontrer sont les gens avec qui je peux avoir des échanges légèrement profonds ou profondément légers. Sans esprits sérieux mais qui peuvent se dire des choses importantes. Des gens engagés à se tirer vers le haut.

Plutôt Nice ou Paris ?

Je suis profondément attachée à Nice. Ca me fait toujours penser à Modigliani ; c’est une ville où j’ai toujours l’impression d’être étrangère et dans une ville étrangère. Il y a quelque chose de fantomatique et d’évanescent qui est complètement l’inverse de l’image que les gens se font de Nice. Après, à Paris, ce que j’aime, c’est marcher. C’est une ville où tout est intéressant, une ville à la fois homogène et en même temps chaque quartier est différent. J’aime beaucoup cette ville aussi. Je ne pourrais pas choisir entre ces deux villes. Ce serait comme me demander de choisir entre deux pays. Et puis Nice, c’est la ville de mon enfance, la ville de construction, donc je pense que je ne pourrai jamais autant aimer une ville que Nice en fait. Et je pense que j’y reviendrai.

Est-ce que Paris aide à ta création ?

Oui, parce que le fait de m’être déplacée appuie sur ma nostalgie de l’enfance et de l’adolescence. Cela me fait ressortir l’idée de Nice. J’ai beaucoup travaillé jusqu’à présent sur la nostalgie, sur le passé donc le contraste m’aide. C’est parce que je suis ici que je parle de Nice et qu’il y a une sorte de réconciliation qui s’opère parce qu’il y a du manque.

Tu es nostalgique ?

Oui, totalement. Sur un passé totalement diffus ; un passé que je m’invente aussi. Ce n’est pas seulement sur des faits qui ont eu lieu. Je suis nostalgique dans l’âme. Le fait de regarder les choses rétrospectivement permet d’en dégager beaucoup plus de vérités, d’importances et de sensations que lorsqu’on les vit, et même si on y met des mensonges.

‘Pop Heart’, ton premier roman, une étape importante ?

Oui. Mais ça s’est fait lentement, après plusieurs nouvelles. J’ai pu apprivoiser la publication. C’est flippant. Tu la recherches mais dès que ça arrive t’as peur de beaucoup de choses ; de ne pas être lu, de ne pas pouvoir recommencer… Mais j’ai énormément attendu et cherché avant d’être publiée. Ca m’a permis d’élaguer mon roman et le ‘Pop Heart’ du début n’avait plus rien avoir avec celui de la fin. Et surtout quand tu n’as pas d’éditeur, c’est difficile sans avis extérieur. Mais au final c’est un parcours initiatique qui est assez intéressant pour la suite, car cela permet de comprendre ce qui va ou pas, de faire naître une habitude.

Quels personnages te ressemblent?

Il y a de moi dans tous mes personnages, féminins comme masculins. Je pense que j’investis plus dans mes personnages masculins. Je sais pas pourquoi. Les personnages principaux sont des personnages que j’aimerais bien rencontrer.
Dans ‘Nos vies rêvées’, je dis qu’il ne faut pas devenir une personne dont on a honte, que l’enfant que l’on a été ne renierait pas. C’est important, dans ma vie, de tenir une ligne ; et je veux m’y tenir, ne pas me trahir. Il y a des choses sur lesquelles je reste très vigilante. J’essaie de plus en plus de me rapprocher de l’idée de ce que moralement je voudrais être. Il faut être fidèle à soi-même sans être bridé par la société qui nous entoure. Tout simplement parvenir à exister.

Est-ce que ‘Pop Heart’, ‘Miss Saturne’ et ‘Nos vies rêvées’ représentent une trilogie sur le passage à l’âge adulte ?

Ce n’est pas une trilogie car ce n’est pas les mêmes personnages et les histoires sont indépendantes les unes des autres. Par contre, ce sont toutes les étapes de la jeunesse, à savoir ‘Miss Saturne’ l’adolescence, ‘Pop heart’ la vingtaine et au final, ‘Nos vies rêvées’, où les personnages rentrent dans un monde qui leur ressemble de moins en moins.

Qu’est-ce qui t’inspire dans ton quotidien, dans l’art ?

C’est la musique. Les morceaux que j’écouterai sans cesse. Ce que j’écris, finalement, c’est une musique. D’ailleurs je ne peux jamais écrire sans musique, sinon ce serait une cacophonie. Pour moi, trouver sa propre musique, c’est ça le travail littéraire. En tant que lectrice, je n’ai pas forcément envie qu’on me dise des choses intelligentes, j’ai envie qu’on me serve une musique. Qui dirait des choses parce qu’elle serait bonne et du coup elle aurait du sens.

Et te sens-tu inspirée par la politique ?

Pas vraiment parce que je pense que tout est politique, et je pense que ma posture dans le monde est politique. Elle combat la France qui se lève tôt, la société consumériste. Je défends des valeurs qui me sont propres comme avoir assez d’argent pour vivre sans avoir besoin d’une tonne de IPhone. Quand j’étais petite, je préférais écouter de la musique plutôt que d’aller faire les magasins. Je déteste cette course à la consommation. Donc déjà mon regard est politique. Mais ce n’est pas juste un regard sur mon pays mais sur tout l’occident. Je suis un peu nostalgique par rapport à une époque que je n’ai pas connue comme celle des existentialistes, avec cet art de vivre, faire de sa vie un moment, privilégier le temps à l’argent. Je trouve que le temps c’est ce qu’il y a de plus précieux. Je milite pour le temps. Et pour le temps joui. Même si parfois l’ennui vient, ce n’est pas grave. Tant mieux !
Mais ce sont des valeurs qui sont aussi affaires de goûts ; préférer la lenteur à la vitesse, la contemplation à l’action, le temps à l’argent… Beaucoup de gens veulent l’efficacité et la rentabilité, obtenir un résultat, ils veulent que la vie ait un sens… Peut-être qu’elle n’en a pas ! Peut-être que les jours s’écoulent et puis c’est tout. On doit pas réussir sa vie. On doit profiter de ses jours, c’est tout.

Qu’est-ce que tu ne souhaites pas aborder dans tes livres ?

Des choses que je ne vivrais pas du tout. Je n’ai pas envie de parler de choses que je ne connais pas du tout. Je ne veux pas inventer. Je préfère inventer ce que j’ai déjà vécu. Réinventer. Et que j’ai vraiment approché de très prés. Parler de quelque chose que je ne connais pas, ce n’est pas que je ne pourrais pas, c’est plutôt que je ne saurais pas. Pour moi c’est trop épidermique ; mon travail est trop important pour moi pour l’investir dans quelque chose que je ne connais pas juste pour raconter une histoire.

Vers où te diriges-tu?

Vers le même endroit que toi.

Ton rêve ?

J’en ai pas de précis. Continuer à vivre ma vie telle que je la vis. Continuer à aimer une personne. Continuer à construire des relations intenses et profondes avec des gens que j’aime. Continuer à écrire des livres et qu’on me permette de le faire. Et d’écouter encore des morceaux qui me feront vibrer. Parfois je me dis ‘imagine si tu n’aimeras plus un disque comme t’as pu aimer un disque des Smiths’… Et ça, ça me fait flipper. Aussi, ce qui me fait peur, et je le dis dans ‘Pop Heart’, c’est que lorsque je pense à la mort, le premier truc que je me dis c’est que je n’écouterai plus jamais de musique.

Mais de la bonne musique, Barbara Israël en entendra encore. Et des romans musicaux, elle en lira encore.
Et elle nous en fera encore lire.

Le soleil revient. On est à la terrasse d’un café et on parle d’autre chose. Le soleil s’incruste dans la conversation. On ne se croirait plus très loin de la promenade des anglais. J’me sens bien.

LE PREMIER ARTICLE DE CASINTI SUR BARBARA ISRAEL

Je remercie Barbara Israël et Guillaume Robert pour le temps qu’ils m’ont accordé.

Jérome Casanova

Notes
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