ENTER THE VOID

Le nouveau film de Gaspar Noé, ‘Enter the Void’ (qui devait à l’origine sortir sur les écrans français sous le nom de ‘Soudain le vide’) sort enfin, cinq années après son annonce.
Autant le savoir directement : ce film doit se vivre comme une expérience audiovisuelle et non comme un ‘divertissement’ commun. Un peu à la manière de ‘Synecdoche New York’ de Charlie Kaufman l’année dernière.
Pour commencer, le nouveau Noé est assez fidèle à ses prédécesseurs, ‘Seul contre tous’ et ‘Irréversible’ ; en effet, le sujet reste brutal et dérangeant, et ici encore, aucune concession n’est faite envers l’un des protagonistes. L’histoire est assez simple : un jeune dealer vivant à Tokyo avec sa sœur se fait tuer par la police, dénoncé par l’un de ses clients. Sachant que le film dure presque trois heures, on peut en conclure que l’action est plutôt pauvre en rebondissements même si d’autres ont réussi auparavant à faire des films au scénario très épuré comme Wong Kar Waï, Gus Van Sant, Abbas Kiarostami…. Mais ici, le scénario comme l’image ont une certaine tendance à trouver leurs limites de manière assez rapide. Du coup, l’envie de quitter la salle m’a souvent traversé l’esprit (cinq ou six fois pour être honnête). Mais. J’ai pour habitude de suivre un propos cinématographique jusqu’au bout.

D’un point de vue strictement scénaristique, ce qui est assez énervant est de s’apercevoir que Noé a fait de son héros un dealer dans l’unique but de pouvoir le placer en plein trip et pouvoir jouer avec des hallucinations en 3D qui sont-cependant- assez jolies. Le film aurait pu être plus subversif et dérangeant si le jeune dealer n’en était justement pas un. La drogue comme mère de toutes les hallucinations possibles et imaginables est aujourd’hui au cinéma un argument un peu trop récurrent et l’époque où le spectateur se sentait mal à l’aise face à ce genre de contexte est à présent résolu (surtout que, une fois encore, d’autres ont réussi les trips psychédéliques d’une puissance assez époustouflante bien avant Noé, notamment Gregg Araki dans les années 90’ avec ‘The Doom Generation’, l’un des films les plus tarés de la fin du XXème siècle).

Alors pourquoi aller voir ce film ? Tout d’abord, parce que le traitement technique est particulièrement intéressant même s’il atteint rapidement ses limites. La caméra, souvent subjective, se balade dans tous les sens, de bas en haut, de droite à gauche, parfois au plus près des objets et parfois dans le vide du ciel. Comme un Google Map high-tech. Cela renforce le côté hallucinatoire et rappelle un peu ce qu’avait fait Win Wenders avec ‘Les ailes du désir’ dans une certaine mesure. C’est intriguant, voir fascinant. Aussi, la photo est assez pop, ultra colorée et en même temps l’action se déroule toujours de nuit.

Le film propose également de jeunes acteurs particulièrement bons, toujours justes et capables d’assumer les situations les plus extrêmes du film.

Même si le discours de Noé laisse perplexe (on est paumé dans sa propre vie dès que le cordon ombilical est coupé (!!)), et même si le film ne laisse pas ce sentiment énigmatique et totalement subjectif en post-projection que laissait le film de Kaufman l’année dernière (à savoir ‘ai-je aimé ce film ? N’ai-je pas aimé ce film ? Je n’en sais rien’), ‘Enter The Void’ reste un film important dans le cinéma actuel car l’expérimentation qu’il propose est osée et il reste nécessaire qu’aujourd’hui des réalisateurs continuent de proposer des discours visuels et non pas qu’ils se plient tous à la féroce loi du Mainstream. Mais ça, c’est une autre hisroire.

LE SITE DU FILM
LA BANDE ANNONCE

Jérome Casanova

Notes
  1. chaicorelar reblogged this from casinti
  2. myrtle-eckstrom reblogged this from casinti
  3. casinti posted this

other news is designed by manasto jones, powered by tumblr and best viewed with safari.